20 mai 2018

"Le mot est le corps du temps." Dominique Fourcade

Le Journal d'Un Corps - Daniel Pennac

Association Reg'art et Théâtre de la Luciole
Adaptation et mise en scène : Catherine Vaniscotte
Adaptation et interprétation : Jean-Marie Combelle

 

http://www.theatredelaluciole.fr/www.theatredelaluciole.fr/Le_journal_dun_corps_files/shapeimage_2.png

 

Pour l'histoire : une amie de Daniel Pennac est venue le voir un jour avec des larmes aux yeux et un ensemble de cahier. Elle les avait trouvé dans la maison de famille. Ces cahiers, son père -décédé depuis un moment déjà- les avait écrit depuis qu'il était jeune, il avait laissé une note pour sa fille avec. Ces cahiers, relataient son regard sur le corps, sur son corps, sur l'évolution de son corps.
Daniel Pennac a réussi à faire éditer ces textes. Aujourd'hui il en existe deux versions : format livre, format album avec pour illustrations des dessins de Manu Larcenet.

Je ne sais comment Catherine Vaniscotte et Jean-Marie Combelle en sont venus à vouloir adapter ce journal intime. On peut dire que c'était un vrai challenge, loin d'être gagné d'avance. Et pourtant... et pourtant cette entreprise a été menée à bien et réussie avec brio. Tant par le jeu du comédien, le choix des textes intégrés, le respect de l'atmosphère de l'oeuvre écrite et surtout, le respect de la personnalité de l'auteur d'origine.  Pas facile de rendre compte des démons, des peurs, de la dérision d'une personne ayant existée et qu'on ne connaît pas. C'est ici à mon goût chose faîte. Bravo.

Je recommande vivement cette pièce ! A vous plonger au coeur de l'Homme, et son regard et ses perceptions corporelles. Ses comparaisons, ses expériences face à l'autre : médecins, amis, famille. Mélange de folie, sévèrité, tendresse. Une oeuvre pleine d'humanité.

 

Merci.

8 fév. 2018

“La joie de satisfaire un instinct resté sauvage est incomparablement plus intense que celle d'assouvir un instinct dompté.” Sigmund Freud

GUS

Sébastien Barrier

 

Violent, cru, sauvage, brut.
Musique théatralisée, textes, images vidéoprojetées.
Personnages humain et animal, d'une vie féline de chat atypique, particulier, bigleux, maigre, abandonné.

"Si je préfère les chats aux chiens, c'est parce qu'il n'y a pas de chat policier."
Jean Cocteau

 

Entre correspondance épistolaire à sa famille génétique, cohabitation avec sa famille adoptive, et découverte de la vie -d'un monde dans lequel toute étrangeté peut finalement avoir sa place- avec un ami. Voici ce que nous offre Sébastien Barrier, accompagné de son acolyte Nicolas Lafourest, dans sa toute dernière création.
Parce qu'être différent ne doit pas vouloir dire devoir se cacher, ni se faire discret, ou avoir à provoquer. La différence, simplement, se veut davantage patiente à trouver sa place, à oser, à vivre.

GUS est un geste ultime de survie.
Spectacle de surprises, de mots, de griffes, de charme, d'expression ... de chat.
Spectacle à ne pas prendre dans le sens du poil, mais plutôt à contrebrosser.


Poignant, vivant, vrai. Une immersion totale dans une personnalité pour laquelle tout un chacun peut s'identifer à un moment ou à un autre, ou au moins s'attacher. Enfin, pour le meilleur ou pour le rir... euh, le pire. Avec une rythmique cadancée entre : 
  musique (guitage, voix, caisse claire, charley, mandoline, dactylographie et autre rebondissements),
  textes (écrits, chantés, lus, contés, criés... de tendresse, colère, incompréhension, amour surtout -au final-, amour profond -caché, à déterrer gentiement-), 
  images (mots et autres racontards, lettres de nouvelles, animaux circassiens...). 
Le tout dans une atmosphère sombre, sobre parfois, pénétrante toujours, éveillant sans cesse les réactions -enfouies ou exprimées- du moindre spectacteur -petit et grand confondus.

 

Un Sébastien Barrier toujours éclatant d'une mélancolie persistante à la diction parfaite et au bagoût séduisant. Fragilité, attaches et poésie autour de l'animalité et de la création artistique, pour une ôde à la vie, à la survie, à l'être.

A dévorer des yeux, des oreilles, du rire,   des larmes,        du coeur.
 

“Le solitaire est un diminutif du sauvage, accepté par la civilisation.” Victor Hugo

16 mai 2017

"L'amertume finit par tuer." Pierre Billon

Bag For Life

Derry Production. 2017

 

Production venue de l'Irlande du Nord. 
[Pour info, un "bag for life" est le fenre de sac en plastique solide que tu achètes aujourd'hui en caisse, sensé durer toute la vie, réutilisable quoi.]


Une femme, seule sur scène. Des écrans suspendus sur le plateau l'entourent. Elle se trouve légèrement surélevée au milieu d'un triangle blanc. On comprendra rapidement l'allusion à la perspective d'un rayon de supermarché.

Le lumières s'éteignent dans le salle. Des projections débarquent sur les écrans : des "fuck" clignotent et s'affichent partout dans différentes polices. La femme se retourne. "Fuck. Fuck... Fuck." 
C'est parti pour 75 minutes de spectacle. 

Dans quoi avais-je mis les pieds ?

https://tht.ie/shows/2017/5/BagForLife.jpg

Dans un putain de show. Une putain de performance.


Un samedi matin, aux courses, la nana avec son fils dans le caddie. Les gens qui se bousculent, les queues interminables en caisse. Pour une micro revanche en cause d'un léger énervement, elle laisse gentiement le caddie toucher l'homme qui la précède. Comme tout le monde, l'homme se retourne et sort un "pardon !", elle réagit en accusant amusément son fils et s'excuse également. Ils en rient.
Ils en rient et l'homme intéragit avec le fils dans le caddie. Ils rient jusqu'à un déclic. Pas des moindre. Elle regarde attentivement l'hômme, cheveux gominés, yeux clairs, bouche fine. Elle le reconnaît. Elle le reconnaitrait parmi 1000. 

L'homme qui a tué son frère d'une balle dans la tête il y 23 ans. Relaxé il y a 18. Elle avait 13 ans, son frère 22. Elle a suivi le procès à l'époque. Elle ne s'entendait pas super bien avec son frère, mais il restait son frère. 
Cet homme a tué de sang froid 3 personnes. Trois personnes victimes d'avoir au mauvais endroit au moment ce jour là. 3 personnes dont son frère.

Parylisie puie panique, elle prend son fils dans ses bras et rejoint sa voiture.
Pause. Respiration. Larmes aux bords des yeux. Son fils dans le rétroviseur qui ne comprend pas et pose des questions.
Elle veut le revoir; Elle tourne et retourne dans le parking. Rien. Puis là, elle le voit, pas lui, son fils, 12 ans, vidant un chariot. Elle s'arrêt, le regarde. Pensées à 1000 à l'heure.
S'il lui arrivait quelque chose, un accident est si vite arrivé, son père comprendrait la souffrance... Revanche. Accélérateur : 20 - 30 - 50 miles... freinage brusque. Coeur palpitant.
Le garçon n'a même pas réagit. Il se retourne alors lentement, écouteurs aux oreilles. Elle lui fait signe, et engage la conversation. Questions posées : l'homme a une vie bien rangée maintenant : chauffeur de bus, femme, enfant, maison -surement dans le quartier !. Si encore il avait un job qui permettait de sauver des vies... mais non, même pas. Haine, colère et tristesse monte. Elle quitte es lieux après avoir balancé à son fils que son père et un meurtrier.

Ce meurtrier vivait une vie tranquille, alors que son frère n'aurait jamais de vie. Jamais rien à dépenser dans un supermarché. Jamais de efmme, jamais d'enfant. Pas de villa non plus. Pas de boulot. Rien.

Elle rentre chez elle. Et sa vie va lentement changer. Créer un personne sur facebook pour rentrer en contact lui, et sombrer doucement dans une certaine folie menant à la souffrance des gens qui entourent cet homme, cet arracheur de frère.
Cachant tout à son mari bien sûr, les choses s'enveniment aussi dans sa propre vie : confiance perdue, poussée à voir un psy... elle reste malgré tout en contact avec l'homme. La tête et le coeur peuvent jouer des sales tours. Tourner l'esprit, changer une personne. 

Elle se rend compte qu'elle le fait moins souffrir que ceux autour de lui, y compris elle-même. Elle veut arrêter. Juste laisser tomber.
Trop tard. Un soir, alors que son mari et son fils sont endormis à l'étage, elle le voit, là, dehors. Il demande à entrer. Elle ne sait pas quoi faire. Il entre, s'installe dans la cuisine, et la provoque, explique qu'il n'est pas stupide. Aussi, elle l'a chauffé et maintenant il faut terminer ce qu'ils ont commencé. Mais sa voix s'élève. Elle est consciente d'avoir laisser entrer un tueur chez elle, avec sa famille endormie à côté. Elle se rapproche pour essayer de le calmer, ne réveiller personne. Elle le touche d'une main, lui parle, de l'autre, à taton, attrappe la première chose qui lui vient : un "bag for life".


Eplosion de force, jeu magnifique. Fiction mais qui dit pas improble. Puissance. Beauté des aactes. Frissons. Tout ça avec une nana au milieu du plateau. Des images en saccades et noir et blanc sur les écrans. Epuration totale de la scène. Simplicité, efficience.
 

Merci pour ce bijou théâtral.

20 mar. 2017

“Un raciste, quand il commande un "Black & White", demande deux verres séparés.” Roland Magdane

GET OUT

Jordan Peele
Sortie française : 3 mai 2017


Avant la séance :
Prête à découvrir Get Out, avec une once d'excitation à l'idée d'un joli coup de poing dans la gueule que je suis susceptible de recevoir. En même temps, je me coltine une légère crainte d'être déçue.

Bandes annonces et publicités débarquent dans la salle noire, légèrement bruyante entre pop corn et discussions des gens autours. "Cross fingers" pour que ça se calme devant le film. Heureusement, la salle n'est pas bondée.

 

Après la séance :
HOLLY F*CKIN' SHIT ! Bah ouais, jolie putaine de claque. Si bonne que je ne sais pas par quoi commencer.

Bon, je me lance... Côté son, très bonne bande originale à mon goût, qui colle réellement au film, appuie bien l'image, accomapgne l'histoire, encourage sans aucun doute la tension.
J'en parle rarement, mais je pense aussi que le mixage a été bien maîtrisé ici.
Sans hésitation, bravo à l'audio.

Côté image, joli grain. Plans de qualité, réflexion intense en prépa à mon avis. Tant pour le cadre, que pour les décors, les accessoires, les couleurs ou les costumes.Tous les détails comptent pour se faire leurrer et surtout, flipper. (Non, ce film ne fait pas "peur" au sens où on peut l'entendre. Ceci dit, une légère anxiété nous hante tout du long.)

Qualité du son et de l'image impeccable pour une tension donc sans relâche. Sans parler des rebondissements dans l'hisoire qui ajoutent sans cesse du piquant.


L'histoire du coup... alors faut vous dire que je ne savais rien du film avant d'y aller, sinon son affiche vue quelques mois plus tôt qui m'avait titillée, et 2-3 plans aperçus au zapping TV quelques jours avant qui avaient fini de me convaincre, notamment par une certaine violence.
Non, le film est pas tant violent. Enfin, les 3/4 du film ne le sont pas vraiment. Pour ce qui est du dernier quart, c'est sans merci.

Et donc, de quoi ça parle ? De racisme (contre les noirs), de confiance, de médecine, de (secret de) famille. Mélangez le tout, ajoutez une dose d'intelligence, de (bonnes) références cinématographiques (je dirais Hitchcock, Kubrick, Kaye sans trop d'hésitation), de bons acteurs... vous voilà prêts à entrer dans Get Out. 

Marrant non ? Entrer dans "get out" ! J'ai eu peur d'une mauvaise traduction du titre en France mais non, ils ont conservé le titre original. Par contre, faudra être patient les amis, sortie française avant le 3 mai prochain, mais en avant-première la 11 avril aux Hallucinations Collectives à Lyon pour les impatients.

"Get Out". Plusieurs lectures possibles du titre. On pourrait le hurler tout au long du film, à chaque nouvelle étape, à chaque nouvelle compréhension. Oui parce que je n'ai pas choisi le mot "intelligence" ci dessus au hasard. Le film nous dévoile lentement de nouveaux indices qui nous mettent sur une certaine voie de compréhension (bonne ou mauvaise). Quand il finit par nous dévoiler, petit à petit, ce qu'il en est, on s'enfonce lentement et bien profondément dans notre fautueil. Comment y croire ? Comment accepter ce qui se passe ? On est carrément passif, outré, surpris, et on n'attend qu'une chose : voir le tableau dans son ensemble et espérer que le tout ne se termine pas trop mal (enfin, ça dépend pour qui).

Je terminerai en applaudissant un fabuleux jeu de la part des acteurs. Tous les personnages, dans leurs caractéristiques les plus profondes, dans des détails les plus insignifiants, réalisent une réelle performance. Rôles pas évidents, pour sûr ; et mal interpétrés, le film aurait pu courir facilement au désastre.


Bon, je m'arrête là. Il est temps, non ? J'espère que je vous aurais donné l'envie de débourser cette poignée d'euros pour assister, dans une salle bien noire, au son de qualité, devant un écran gigantesque, à un coup de maître.

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4 mar. 2017

"Dans tout exode il y a de la panique, de la douleur. Il y'a le feu…et aussi, la poursuite…" Marvel

Logan

James Mangold


Payer sa putain de séance 8 balles est un investissement à risque. Après avoir raquer pour voir "Rings" dont je n'ai pas un seul point positif à citer, même pas un mot, je ne pensais pas retenter le diable. Logan n'était pas le genre de film que j'allais risquer. Mais, il y "mais". Une petite discussion actu cinématographique et de bons échos, me voilà, la main tremblante, achetant ma place pour une nouvelle adaptation de Marvel au cinoche.

Logan, surement mon perso préféré des X-Men. Je ne savais pas du tout ce que j'allais voir. J'imaginais un X-Men en solitaire. Vous savez quoi ? Pas du tout. 
Enfin, presque pas du tout. Les poursuites, les combats, des mutants sont là ! Manquait plus que ça... J'ai même rapidement eu peur qu'il n'y ait QUE ça. Puis non. Nous voilà finalement embarqués dans un road movie avec Jackman en super héro.

Jackman... toujours aussi bon, il faut le reconnaître. Je crois qu'après sa mort, plus personne ne pourra oser proposer un autre Volverine ou X-Men. Sérieux, personne n'a sa carrure, sa gueule, ou son jeu.

Côté synopsis, y a du mieux à faire, ou pas. Je suis pas vraiment tranchée à ce sujet. Perplexe sur mon appréciation du : j'ai aimé (ou pas aimé) ne pas avoir toutes les explications que j'aurais aittendu. Pour ne pas trop spoiler (pas plus que le trailer) : un gamine entre en jeu, on sait où elle a grandi, on ne sait pas vraiment comment ou pourquoi elle y a été. Je vous rassure, on en sait assez pour apprécier le film. Je dis juste que ça peut être frustrant de manquer d'infos.

Côté image, certains cadres peuvent être non idéal pour moi, mais dans l'ensemble, c'était plutôt bien. Bon mix entre plans d'ensemble, plans rapprochés. Des cadres, bien que déjà vus, sortant de l'ordinaire par moment. Le rythme du montage plutôt bon (quelques passages non idéal aussi mais ça va). Côté effet, make-up et compagnie : c'était plutôt bon ! Merci aux scènes trashs, présentes à une juste mesure qui fait qu'on ne s'en lasse pas !

Conclusion : à voir si vous avez l'occasion, pour un chouette moment (à mon goût). (=

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