7 déc. 2019

"La voix est un second visage." Gerard Bauer

Marion Cousineau


 

Ceux qui me connaissent savent bien que moi, les femmes au chant, c'est pas trop mon truc. Il y a toujours quelque chose qui cloche : la voix, les manières, les autours... Il y a bien sûr de belles exceptions (Linda Lemay me vient en tête là par exemple). Mais figurez vous que ma short list s'est récemment vu ajouter un nom : Marion Cousineau.
 

Découverte l'été dernier lors de l'édition 2019 du festival de chansons à texte de Montcuq. Coup de coeur sincère pour cette artiste aux textes aussi beaux que sa voix est chalereuse et sa présence puissante et sensible.
Revue très recemment pour un concert intime chez l'habitant (ou "à domicile"), mon avis s'est confirmé. Marion est une personne qui nous en envoie plein la figure, les oreilles et le coeur. Elle nous tient par cette corde sensible qu'on aimerait étirer bien plus longtemps encore que le temps d'un court concert. Elle jongle de ses mots bien ordonnés, simples et solides, en équilibre constant entre poésie parlée et chantée. A cappella ou accompagnée de son clavier ou de sa basse, sans fioriture musicale elle nous transporte avec légèreté dans son univers, au fil de ses rencontres, le long de sa vie.

Entre son attitude humaine, ses regards doux et soutenus, le poid de sa voix, et cette basse encore. Dont elle en fait ce qu'elle veut ! C'est impressionnant -et différent- de voir un soutien musical par une simple guitare basse. La façon qu'elle a de manier ces cases, gratter ou pincer ces cordes, divers jeux sur un même agrè, par une même artiste, c'est fort. 

Les variations pendant un même concert sont multiples sur tous les aspects artistiques possibles. Pour rappel les mots, la musique, la prestence, le jeu et les échanges.



Marion est une vraie révélation. Je souhaite à tous de rencontrer cette artiste, de l'accompagner, vivre avec elle ses 90 minutes sur scène qui passent comme un rien, que l'on regrette bien trop vite. Heureusement, humaine, accessible, elle se livre après chaque performance dans la cage aux lions de son public ravi de pouvoir échanger trois mots -ou plus- avec elle.
 

Merci. Merci pour ces moments tendres, doux, forts, touchants.

 

 

"Alors je pars le coeur léger, mais simplement pour éviter que le bout que je t'ai laisssé ne soit trop lourd à supporter."

18 oct. 2019

"Un piano doit être ami, c'est à dire un confident qui essuie nos rages." Felix Leclerc

Aldo Lopez-Gavilan

Concert au Théâtre d'Angoulême
dans le cadre de Piano en Valois
Le 17.10.2019

 

Comment entamer un écrit à chaud sur cet artiste cubain ? No lo se.


Essayons de mettre ce concert dans ma vie dans son contexte. Non, ça ne me serait pas naturellement venu à l'idée d'aller voir un concert de piano. Encore moins sans connaître l'artiste. Ni sans connaître les musiques qu'il va interpréter. C'est ce mix "jazz", "classique", "tradition cubaine" dans le pitch du programme qui m'a rendu curieuse. Programme d'un théâtre que je n'aurais jamais lu si je n'avais pas été 10 jours à Angoulême pour le boulot. Et concert auquel je n'aurais jamais assisté si une programmation théâtre avait été proposée en parallèle. Comme quoi, le hasard parfois ... me fait encore écrire ici !


J'aurais déjà pu écrire au sujet des soeurs Berthollet vues il y a deux jours : violoniste et violoncelliste accompagnées d'un pianiste. Mais parler d'un moment où j'ai plus ri (pas très gentil) ou été bien deçue, c'est pas trop mon truc.
Bon, à la première écriture de cet article, j'avais parlé ici même en introduction de ce duo. Finalement, je me dis que je vais en faire un biller à part entière parce que ça risquerait de desservir l'artiste que je souhaite valoriser au contraire. Le lien vers l'article des soeurs : ICI.

 

Vous l'avez vu ? C'aurait été une entame très négative vous trouvez pas ?
Je les place en totale opposition avec la prestation d'Aldo Lopez-Gavilan. Ce jeune pianiste cubain est en effet incroyable et n'a de commun avec ma précédente critique que la magnifique technique dévoilée.


Aldo nous propose principalement ses propres compositions dont le jazz et les influences cubaines sont intrinsèques au jeu. Concernant ses 2-3 reprises, elles sont présentées sur ces mêmes caractéristiques propres à l'artiste : arrangements des thèmes; sublimés par son écriture personnelle. 
Une sensibilité forte, un mélange de rythmes, de forte/piano, d'aigüs et graves ; le tout dans une même partition. Ces opposés se croisent et se supperposent de manière surprenante et bluffante pour notre plus grand plaisir.
Une impression de facilité dans le jeu assez folle (d'où la valorisation de sa technique entre autre). Il vit clairement ses morceaux. Concentration et sincérité dans sa présence au piano. Ecrits sur ses filles, à sa femme, sur l'Amazonie, la mer, un dragon, à son premier enseignant de musique... ses petits mots et ses remerciements au public réguliers pendant toute la soirée étaient beaux, humbles, appréciables.


La plupart des morceaux de la soirée d'hier étaient issus de son dernier album Playground, sorti l'avant veille, et semblerait-il enregistré à Angoulême. Presqu'un retour aux sources, un passage obligé.
 

Rhapsody in Blue at Lincoln Theater
Rhapsody in Blue at Lincoln Theater


En bref, une soirée brillante pour moi. Un coup de coeur sincère pour cet artiste qui nous livre son âme avec légèreté et force, qualités musicales flagrantes et présence innoubliable.



Merci Aldo. Merci.
Vivre ce moment m'a réchauffé le coeur, enjoué les oreilles, apaisé l'esprit. J'en ressors posée, rêveuse, joyeuse, pleine d'espoir. Malgré mon envie d'une soirée qui aurait pu durer encore, et encore. Encore. Et encore.
Même de loin, je revois tes mains courir sur ce clavier. Tu paraissais tellement grand malgré mon siège reculé au fin fond de la salle, malgré cet immense et magnifique instrument devant toi. Ou c'est moi qui me sentais minuscule face à tant de virtuosité ? Non. Parce que tu m'as aussi fais me sentir grandir au fil de la soirée. Portée par cet imposant piano à queue, vibrant au doigté ultra maîtrisé, aux rythmes surprenants, à la pédale tantôt tenue tantôt libérée avec précision, de notes justes et au juste moment, d'un artiste à la simplicité enviée, dans un costume sobre, humain, accessible

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Une soirée qui aurait pu s'éterniser, bien plus que je ne fais déjà durer cet article et ces encensements. Mon moyen de faire se poursuivre mon plaisir, l'âme encore pleine d'images et la tête pleine de mélodies rythmées.


Merci.

"Quelle musique, le silence !" Jean Anouilh

Camille et Julie Berthollet

Au théâtre d'Angoulême
Dans le cadre de Piano en Valois
Le 15.10.19

 

Ouais, la citation de nom d'article en dit beaucoup non ? Dans le but de vous préparer au pire.

J'avais écrit ces quelques mots en prélude à l'article sur Aldo Lopez-Gavilan qui m'a entièrement séduite, je dirais même comblée. Le but de l'écrit qui suit sur les soeurs Berthollet était de proposer une entrée en matière contrastée. Oui, le concert de ces deux soeurs m'a clairement pas satisfaite. Je vous laisse de suite découvrir mon pauvre avis.

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Parler d'un moment où j'ai plus ri qu'étais conquise, c'est pas trop mon truc. Je vais quand même glisser un mot sur leur concert. Ce sera sûrement bref. Pas grand chose à dire de toute façon.


Ce duo de soeurs donc, musiciennes, est impressionnant par la technique dont elles font preuve sur leurs instruments. Pour nous en mettre plein la vue et les oreilles, les arrangements sont accélérés bien plus que de normale ce qui en dessert fortement à mon goût les oeuvre originales. De plus, elles sont pour la plupart tronquées, on se demande pourquoi. (Ca permet de passer plus rapidement à la suivante si on n'aime pas, c'est pas plus mal me direz vous...)

Le piano qui pourtant a une place importante dans ce concert (qui plus est dans le cadre aussi de "Piano en Valois"), est mit à l'écart, à l'ombre du duo. On retient à peine le nom de l'artiste qui a malgré tout droit à une petite paire de quelques minutes solo sur rythme de jazz bien sympa. 
Un décalage jusqu'au bout du bout puisque même lors des saluts les soeurs se mettent en avant avec une accolade, le pianiste est seul de côté (sauf au tout dernier salut, ok). Je parlerai même pas du tourneur de page intervenu dans un des morceaux finaux et présent un bon quart d'heure si ce n'est plus au plateau, qui n'est même remercié.


Bilan pour moi : outre une célébrité déjà bien ancrée dans leur démarche et dans leurs chevilles (il faut le dire !), les soeurs Berthollet font preuve tant de technique que de superficialité.


Revenons aux détails : l'une est vêtue d'une jupe en pseudo cuir rigide, l'autre d'une combishort dorée brillante, les deux très courts et pas valorisants. Quand on lit qu'elles sont fans de mode, on a de quoi se poser des questions.
Ajoutez à cela :
- une immaturité aparente dans les blabla entre les  morceaux ("ça fait trop plaisir !")
- une mise en scène faible, avec va et vient de la violoniste, mouvements un peu trops saccadés, regards complices amusés dont on se demande si ce n'est pas exagéré
- un jeu d'émotions exacerbées qui sonnent clairement faux.


Le seul "positif" à l'oreille (et non à la vue, pour les raisons déjà exprimées ci-dessus) est leur entrée en matière par deux saisons de Vivaldi (je pense l'automne et l'hiver, mais suis pas calée en musique classique pour en être sûre). Les deux étaient alors au violon, et le pianiste en accompagnement encore. Un beau moment.
Après, c'est la décadence, entre reprise de classiques qui se font un peu défigurer, de chanson française soit disant hommage (Halliday et Aznavour) mais pas ouf du tout, et série (Game Of Thrones). Le tout pour moi : facile, évident, commercial. Voilà voilà.


Etait ce dû a leur 11h de vol de retour de je ne sais où ? A leur âge adulescent - 19 et 21 ans ? En tout cas, j'oublierai rapidement cette performance scénique qui n'a eu d'intéressant que la qualité technique pure.


Bien sûr, ce n'est que mon avis.

 

Ne payez pas pour ça.

24 fév. 2019

“L’individualité s’exprime magnifiquement dans le mouvement.” Sylvain Tesson

LAZUZ

Lazuz company


 

Et si on prenait de nouveau le temps d'échanger sur de l'artistique ? De temps en temps n'est pas coutume. Je vous présente ici la compagnie Lazuz qui propose un spectacle éponyme composé d'un duo acrobate-jongleur.
 

Outre ces deux disciplines maniées avec une délicatesse, une précision et une maîtrise dont on ne peut que saluer le travail, le spectacle repose sur le fameux thème du relationnel et de la communication. Oui, la communication pollue notre environnement, pas toujours à bon escient ni à bonne fin. Oui, le relationnel est inévitable, qu'on le veuille ou non, et c'est pas toujours évident. Quoi, oui, le lien à l'autre et les échanges sont deux vrais problèmes sociétales à mon avis. Pourquoi ça ne ferait pas une bonne base de proposition artistique ?
 

Jongle et acrobatie. On peut dire que le fil entre les deux semble fragile, la première dualité s'expose ici dans un challenge aérien entre balles en introduction puis massues flamboyantes en son climax, et une proposition étirée sur des déplacements corporels surprenants de fluidité et sensibilité. Confrontation oblige dans une virtuosité resplendissante, mais également harmonie dans des chorégraphies propres, claires, esthétiques de ces deux spécialités circassiennes, pour notre plus grand plaisir. Ces deux opposés qui s'attirent et ces ruptures entrainées par une trop forte proximité, dévoilent les tableaux de ce couple intrépide qui fonctionnent très bien.

Je vous parlais de communication. Pas une seule parole ici, tout dans l'être, le regard, l'impassibilité, le mouvement. Apprendre à ne pas restreindre l'autre tout en le sortant de son confort de base. Comprendre la personnalité de l'autre et s'y fondre pour ne former qu'un. Face à face ou union, les deux cas nous plongent dans des situations tant drôles, qu'agressives, que fusionnelles. Le tout dans un espace de confiance mutualisé.
Apprendre à connaître autrui est quelque chose qui se murit. Les mots alors ne valent plus tant.

On saura comprendre chacun d'eux. On saura être compatissant ou pas. On saura se projeter à un moment ou à un autre dans ce spectacle tendre et unique.
J'aime cette empathie avec l'artiste. J'aime ce sentiment de vouloir prendre place dans le jeu qui se déroule devant moi tout en appréciant garder mes distances et profiter. Profiter en ayant cette curiosité (parfois malsaine) du : y a quoi après ?

On veut que cette relation dure. On veut que ça bouge. On veut Lazuz.

 

Merci pour ce projet qui porte tant sur des problèmes sociétals d'entente et de résolution de conflit (à échelle humaine et aussi au sens large), que sur les rapports qui nous lient aux personnes faisant part de notre quotidien (pas toujours évident, on doit cela dit faire avec). Tout est question d'acceptation, de compromis mutuel, de contrôle et connaissance de soi. 

 

lazuz

 

Pas de frontière culturelle ou linguistique ici, juste de l'humain, du sensible, du visuel. Le spectacle a joué à l'international. Si vous le voyez programmé quelque part, je ne peux que vous inciter à ne pas louper l'occasion de plonger dans cet univers de performances et d'émotions mêlées.

 

Une proposition artistique aboutie et clairement maîtrisée.

20 mai 2018

"Le mot est le corps du temps." Dominique Fourcade

Le Journal d'Un Corps - Daniel Pennac

Association Reg'art et Théâtre de la Luciole
Adaptation et mise en scène : Catherine Vaniscotte
Adaptation et interprétation : Jean-Marie Combelle

 

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Pour l'histoire : une amie de Daniel Pennac est venue le voir un jour avec des larmes aux yeux et un ensemble de cahier. Elle les avait trouvé dans la maison de famille. Ces cahiers, son père -décédé depuis un moment déjà- les avait écrit depuis qu'il était jeune, il avait laissé une note pour sa fille avec. Ces cahiers, relataient son regard sur le corps, sur son corps, sur l'évolution de son corps.
Daniel Pennac a réussi à faire éditer ces textes. Aujourd'hui il en existe deux versions : format livre, format album avec pour illustrations des dessins de Manu Larcenet.

Je ne sais comment Catherine Vaniscotte et Jean-Marie Combelle en sont venus à vouloir adapter ce journal intime. On peut dire que c'était un vrai challenge, loin d'être gagné d'avance. Et pourtant... et pourtant cette entreprise a été menée à bien et réussie avec brio. Tant par le jeu du comédien, le choix des textes intégrés, le respect de l'atmosphère de l'oeuvre écrite et surtout, le respect de la personnalité de l'auteur d'origine.  Pas facile de rendre compte des démons, des peurs, de la dérision d'une personne ayant existée et qu'on ne connaît pas. C'est ici à mon goût chose faîte. Bravo.

Je recommande vivement cette pièce ! A vous plonger au coeur de l'Homme, et son regard et ses perceptions corporelles. Ses comparaisons, ses expériences face à l'autre : médecins, amis, famille. Mélange de folie, sévèrité, tendresse. Une oeuvre pleine d'humanité.

 

Merci.

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