Cinéma

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17 oct. 2016

“Pour faire un film, premièrement, une bonne histoire, deuxièmement, une bonne histoire, troisièmement, une bonne histoire.” Henri-Georges Clouzot

The Girl On The Train

Tate Taylor


Un film génial. Ca fait longtemps que j'avais pas vu un film comme ça. L'histoire est juste superbe, bien ficelée, plein de rebondissements -si on peut ça comme ça- sachant que ce n'est pas un film d'action. C'est un film durant lequel on suit la vie de trois personnes...

L'histoire est super, adaptée d'un roman qui sera pour sûr mon prochain livre de chevet. Après, l'histoire fait pas tout non plus. Le montage y est pour beaucoup. On a au début un bref aperçu de trois nanas. On en suit une, puis une autre, puis une troisième. Et après, petit à petit on comprend les liens entre les trois. Bien, sûr, début faisant penser aux montages de la grande trilogie de Gonzales Ignaritu (Amours Chiennes, 21 grammes, Babel), et de ceux qui ont repris cette logique ensuite. Ce n'est pas réllement le cas ici puisque par la suite, on tombe sur un montage fait de va-et-vient entre passé et présent : il y a 6 mois + aujourd'hui, il y a 3 mois + aujourd'hui, il y a 1 mois + aujourd'hui, Vendredi. 
Tout tourne autour d'une disparition, qui se trouve être une meurtre. Tout s'enchaine jusqu'à la fin. On soupçonne l'un, puis l'autre, puis un troisième, puis peut-être que c'était le premier le coupable... Petit à petit on cerne les personnes, on comprend les buts, les attentes, les angoisses de chacunes. Enchainement de perspectives et de pensées, mélange de manipulations et de perversité malsaine ou bien pensante. Très bon.

Côté son, Danny Elfmann. Connu bien sûr, merci Tim Burton ! Les musiques sont biens. Après, comme souvent, je regrette trop de sons, ou trop fort par moments. On en perd l'impact du cadrage, l'impact de l'histoire. Personnellement j'en suis déconnectée du film, retour à la réalité. Avant de me faire la réflexion que c'est le son, et de perdre quelques secondes à me refocalisée sur l'image. Mais c'est pas si pire !

Côté acteur, tous sont très bons à mon goût. Bonne direction, bon jeu. Avec une Emily Blunt juste géniale. C'est un p*tain de rôle. Une alcoolique qui a des black out, qui se souvient de quelques trucs parce qu'on lui a dit que. Impeccablement incarné à mon goût. Bravo. 
La question c'est : est ce qu'elle a tué ou pas la nénette qui a disparu ? Et plein d'évènements et actions mènent à cette conclusion : parce qu'elle boit, qu'elle oublie, qu'elle s'est réveillée couverte de sang, qu'elle a un passé violent. Voilà, tout l'accuse, même ce qu'on voit d'elle, ses actions, ses réflexions ; mais rien de probant donc pas de problème jusqu'à preuve du contraire. 

Tout tourne autour de la psychologie des personnes. Ils ont la place qu'il faut, la présence qu'il faut. Il n'y a pas de trop ou de pas assez. Aucune fioriture. Film lent, plutôt, avec plein de choses à l'intérieur. On est pas dans un film avec des dialogues à con qui gachent tout. Loin de là. Une voix off présente. On pourrait être sceptique mais non, elle a sa place, elle prend sens. J'aime peu le genre avec les voix off qui racontent l'histoire alors que non, on peut la voir et la comprendre autrement qu'avec des mots, on est là pour ça, sinon on ouvrirait un livre, pas la peine de nous la raconter.

Et c'est bon putain ! C'est un film énorme. J'ai hâte de lire le livre à vrai dire, et voir comment il a pu être transcrit à l'image. C'est intéressant de voir les choix scénaristiques, les coupes, transformations et adaptations à l'écran d'un roman. Peut-être j'en serai déçue du film, je ne crois pas, je verrai. 
En attendant, merci Tate Taylor ! Ok, côté cadre c'est pas toujours mon kiff : images pas toujours stables. Parfois elles prennent sens, d'autres fois pas à mon avis. Outre ces quelques cadrages, le reste est assez bien. Rien ne m'a choquée, donc je pense que c'était bien. Sinon c'est que j'étais trop absorbée par l'histoire pour voir des défauts de cadres. Franchement je pense pas, la prise de vue m'a semblée simple, pas forcément sophistiquée, mais ça marche. C'est ce qu'il faut.


Je recommande ce film sans aucune hésitation ! Je pourrai prédire qui serait plus ou moins capable de ne pas aimer (parce que le rythme, parce que le montage, parce que fond polcier) mais si vous aimez les thriller, si vous aimez être intrigué par la psychologie des personnages, si vous aimez les films où tu sens pas la fin venir -ou en tous cas pas celle qui fini par arriver-, foncez.

Franchement oui, tu mets du temps avant d'avoir des doutes sur ce qu'il peut se passer ; parfois tu te sens leurrer, tu penses des trucs et puis non... C'est clairement un film que j'ai aimé pour toutes ces raisons. Il est totalement crédible d'après moi. Je trouve qu'il représente assez bien la réalité. Hormis le meurtre -je serai mal placée pour en parler, je côtoie peu de victime et j'espère pas en cotoyer-. Belle représentation des problématiques autour des relations humaines et des réactions bizarre qu'on peut avoir. Justifiées, en même temps perverses, étranges, que l'Homme peut avoir.


Sortie dans 10 jours en France, ça vous laisse le temps de prévoir votre séance !

16 oct. 2016

“La volonté ne consent au mal que par crainte de tomber dans un mal plus grand. ” Dante

Inferno

Ron Howard


Première erreur : site un peu naze pour le cinéma de Letterkenny, et problème sur la séance. J'étais partie pour un film qui ne sortait que la semaine suivante ; à la place, je me suis tapée Inferno. Da Vinci Code, Anges et Démons, puis Inferno. Vu que le premier de la trilogie. Ouais, voilà quoi. Là, cause d'un problème d'horaire, jallais me taper le troisième volet. Pour me rassurer : Julie, y a Tom Hans quand même ; Julie, c'était ça ou Bridget Jones' Baby, t'allais pas payer pour ce film quand même !
T'entres dans la salle, t'as 20 minutes d'avance, t'écris ces quelques lignes puis tu manges ton sandwich avant la séance, regardant les gens arriver, les mains pleines de coca + pop corn big size. Tu pleures intérieuresement. Toute cette bouffe, quelques gens attendent patiemment, réservant leur mix goinfre attitude + film familial (apparemment). Beaucoup de gens, tous buveurs ou mangeurs, c'est impressionnant. J'ose pas imaginer le fric que doit se faire le cinéma.
Berf, pubs lancées, personne à mes côtés ni devant moi, cool. Oups, parlons pas trop vite, deux pop-corn s'installent à ma gauche. Damned. Ouf, ils ont l'air de savoir manger discrètement. Place au film.


Ron Howard à la direction, cité avant même le début du film. Ouais, ce gars a fait je ne sais pas combien de films en tant que réalisateur, la plupart films à budget, la plupart tape-à-l'oeil, grand public, et tout. Comme les deux premiers volets de cette trilogie.

Hans Zimmer à la musique. Ah ok. Cool. Tranquillement cool. De manière générale c'est bon, mais c'est du grandiloquent comme musique (oui oui, musique grandiloquente, vous voyez pas le genre ?).

Tom Hanks of course, et Omar Sy, oui oui. Bah quoi, c'est pas qu'un clown. C'est pas qu'un jeune marrant au coeur tendre non plus. Merci Intouchables quand même !

Bon, c'est carrément un film dans la lignée du Da Vinci Code. Une énigme auour d'éléments historiques, références artistiques et connaissances élargies avec on ne sait pas pourquoi des gènes de super-héro invincible sortis d'on-ne-sait-où.
Un gars a créé un virus pour tuer l'Homme et sauver l'humanité. Les logiques paradoxales. Dante et son enfer pour modèle et idolâtrie. On est parti de Boston pour un passage en Italie puis, suite à de nombreux décryptages, à Istanbul. Tout ça pour éviter au virus de se répandre.

Quelques rebondissements, attendus ou du moins prévisibles. Beaucoup d'actions inévitables et clairement attendues.
Bien sûr une happy end, je ne pense spoiler personne ici. L'histoire a tout de même le culot d'aller jusqu'au bout. Jusqu'au dernier moment on est susceptible de douter de cette fin sauvant le monde d'une pandémie. Je ré-entends la nénette au pop corn à ma gauche "Jesus..." quand on est à deux doigts de perdre tout espoirt d'éviter la catastrophe.

Ouais, Hans Zimmer est fidèle à lui même avec de belles et puissantes musiques instrumentales à suspens. Bien sûr, sons qui vont parfaitement à ce type de film.
Côté cadre ma foi, respectant ce qu'on attend dans ce genre de situation. J'ai bien aimé les flashs et cut rapides dûs au trauma et/ou autres trucs non spoilable. Rien d'extraordinaire non plus ceci dit.
Acteurs : ben Hanks a pris un petit coup de vieux, mais je l'aime toujours autant malgré ce film qui le met pas tant en valeur. Omar Sy est étrange dans ce rôle de gradé de l'Etat (français j'imagine) pour la protection de l'humanité of course. Dans l'ensemble c'est bien joué.
Bémol évident sur les dialogues parfois gnagnan ; mais ça, c'était à prévoir, c'était le risque. Des dialogues dans un film qui se veut d'action, c'est jamais trop bien !


Vous l'aurez compris, si je ne m'étais trompée, j'y serai pas allée. Je savais pourquoi, et je le confirme ici. Ma foi, c'était pas si pire.

[Allez, c'est parti pour la seconde séance : The Girl On The Train. En espérant du bon.]

11 oct. 2016

“Toute angoisse est imaginaire ; le réel est son antidote.” Andre Comte-Sponville

Victoria

Justine Triet


Un des dernier film que j'ai pu voir avant mon départ. Film français présentant un sympathique duo : Virginie Efira, splendide à mon goût, et le jeune Vincent Lacoste, dont son rôle dans Les Beaux Gosses (Riad Sattouf) a du mal le quitter à mon goût.

Film français, certes, mais très appréciable si vous voulez mon avis. Et vous le voulez, sinon vous ne seriez pas ici. Une comédie non sans réalisme, non sans réflexion sur sa propre condition. Ici, Victoria enchaîne les difficultés, les impasses, arrive au fond du trou sans rien voir venir. Le jeu de Virginie Efira est bien sûr superbe, lui sied à merveille. Cent situations, une juste interprétation ; merci.
Voyante, accupuncteur, alcool, rien n'y fait. Ne voyez qu'une coïncidence dans sa rencontre forfuite avec un ex-client lors d'un mariage. Mariage : obstacle déclencheur renforçant sa chute libre en enfer. Ex-client : solution miracle si l'on n'est pas aveuglée par hypocondrie de la vie.

"J'aimerai comprendre là où ça a merdé chimiquement dans ma vie." On amerait tous avoir la soluttion à cette question que tout le monde se pose au moins un jour dans sa vie ! 

 

Entre absurdité et un certain goût pour le drame, on suit la vie de cette avocate, aidé au quotidien par Sam, le fameux ex-client, squatteur au pair et éponge des erreurs de Victoria. Vision d'un message subliminal : ce qui est/ceux qui sont proches de nous sont parfois essentiel à notre vie. Encore faut-il le/les remarquer !

Premier long-métrage réussi ici pour Justine Triet, qui signe une oeuvre modeste mais sensée. Un juste cadrage, sans fioriture. Un sens de l'écriture, une maîtrise du scénario. On vit tranquillement cet instant, on en apprécie les miettes sans râler.

Un joli film, un agréable moment. Chacun y trouvera ce qu'il souhaite : un job à reconsidérer, des personnes à recontacter, apprendre à ouvrir les yeux, savoir s'entêter parfois, relativiser sur sa condition...
Un mélange d'émotions et un miroir de l'âme ; pour moi en tous cas - car aucune icône où personne à qui l'on doit vouloir ressembler. (Sauf moi peut-être, parce que j'aime cette condition. J'aime la différence, j'aime ne pas être plus que ce que je suis.)


"En fait j'ai peur de toi.
T'as le sens du drame anormalement développé."
*adore*

9 oct. 2016

“Chaque individu doit se forger ses propres outils, ses propres valeurs, s'il ne veut pas se transformer en zombie.” Claude Michelet

Dernier train pour Busan

Yeon Sang-Ho


Impressionnante réalisation autour de... zombies. 

En allant à la séance, je savais juste que ça traitait de zombie. C'était un petit spoil parce que j'y serai allée même sans le savoir, et j'aurais encore plus apprécié la première scène.
Un gars franchi une zone à péage, traverse des hommes blindés en protection, qui aspergent le véhicule d'eau, détergent, ou quelque chose pour le désinfecter quoi. La zone est en quarantaine. On ne sait pas vraiment pourquoi.
Le gars râle sur ces mesures à la con, continue sa route, reçoit un appel et le temps de décrocher, il heurte violemment un cerf. Il arrête de véhicule, va voir, la bête est morte. Il repart.
Là, magnifique plan, lent, beau, particulier, du réveil du cerf, de sa mise sur pattes, et de son regard : naissance d'un zombie !

Voilà, on est parti pour 2h !
Changement de contexte, on se retrouve dans une famille avec une gamine chez son père qui veut aller voir sa mère à Busan. Le père a un boulot a responsabilité, hésite -histoire de familles- puis finalement ils partent prendre le train. Les portes se ferment après avoir vu un gars qui semble hystérique monter, et une nana semblant être malade.
Plusieurs groupes de personnes sont mis en avant : le père et sa fille, un groupe de jeunes sportifs et une nana (petite amie d'un joueur), un couple avec la femme enceinte, deux soeurs âgées, le contrôleur, un autre gars.

Le train démarre et là tu dis : quelle idée d'avoir payé pour ce qui semble être un 8 clos dans un train avec des zombies...

He bien figurez vous que le scénario est superbement maîtrisé. On se retrouve dans une épidémie zombiesque ultra violente, au coeur d'un mélange d'hommes et femmes stéréotypés et tellement bien caractérisés. Le casting fonctionne parfaitement. Merci à Yeon Sang-Ho d'avoir pris le temps de nous présenter chacun de ses personnages avant l'immersion impeccable d'une aventure aux rebondissements immenses.Chaque évènement nous fait dire qu'on est arrivé au bout du film, que ça peut pas être pire. Erreur. Chaque action est plus intense, plus forte, plus extrême que la précédente déjà énorme. Juste un régal.

On a de quoi réagir : comment faire marcher un film se passant dans un train ? Comment diversifier les prises de vues ? Donner du relief visuel au scénario ? Valoriser le jeu d'acteur ? Là aussi c'est réussi. Tout est soigné, des jeux de lumières, des angles de vue, du montage, des accessoires, du grimmage... tout tient la route, rien n'est laissé au hasard. Même le son fonctionne. Ok, parfois on rit presque des sons très exagéré (à l'asiatique quoi). Ok, j'ai aussi ri de quelques situations exceptionnelle quasi ridicule. Mais rien de péjoratif ! Ca renforce simplement notre attrait pour le film. Surprise, rire, esthétique, questionnements. Et quelques montées d'adrénaline bien placées en prime.

Pour clouer le tout, les sentiments ne sont pas mis de côté. On a de quoi être touché, dégouté, attristé par ce que vivent nos petits personnages. Nous sommes des voyeurs bienfaisant dans cette chasse à l'homme. Même lorsqu'on peut s'attendre à une action d'un personnage, on est affecté par celle-ci. Oui, un film d'horreur avec des sentiements !
Du premier degré, du dramatique, de l'horreur, du thriller. Pas de références à la con, pas de perte de temps, pas de fioritures. Juste deux heures à se laisser surprendre, à se régaler, à en prendre plein les yeux.

trainpourbusan


On peut souligner ici la qualité des films coréens. Pas que j'en ai douté un jour (Locataire, Deux Soeurs...) ; juste que ce cinéma n'est pas assez valorisé en France.

Si vous avez aimé Dernier train pour Busan, peut-être serez vous curieux de The Fake ou The king of Pigs. Je ne les ai pas encore vu mais sont les deux premiers films de Yeon Sang-Ho ; réalisateur sans aucun doute prometteur.

3 oct. 2016

“Impossible de séparer vitalité et mortalité... à moins de vouloir créer de toutes pièces une génération de morts-vivants, de zombies, qui seraient aux sociétés futures ce que l'esclave était aux sociétés du passé.” Paul Virillio

The girl with all the gifts

Colm McMarthy


Wouaw. Alors comment dire. Je ne savais juste pas du tout à quoi m'attendre. Le titre avait l'air chouette. A l'achat du ticket j'ai vu « 15A ». Ok, un film interdit aux jeunes, surement mon genre. Cool !

Début du film sur une nana dans une cellule, des militaires arrivent, lui attachent les pieds, les mains et la tête sur un fauteuil roulant. Direction une salle de classe, avec d'autres jeunes dans le même cas. Puis retour dans la cellule. Nuit. Nourriture au petit déjeuner : des vers, vivants.
Ok. Retour en classe avec le même processus.
Lors d'un contact physique entre l'enseignante et la jeune que l'on suit, un militaire entre, furax. C'est interdit. Ok. Là, il fait la démo du pourquoi en s'approchant d'un gamin, crachant sur son propre bras, et lui mettant sous le nez. Respirations, craquements d'os, hystérie. Il se transforme en fou, affamé, inhumain.

Eh oui, un film de zombie ! Un film sur une nouvelle espère de cannibales mutants : des walkings dead alive et doués de raisons ! Enfin, ceux-là en tous cas.


Je ne vous spoile pas le film, ou le livre. Car oui, c'est une adaptation. Apparemment le bouquin est bon, si vous voulez faire votre séance de lecture avant d'aller à la séance…

Oui parce que malgré l'introduction de mon article, le film était chouette. Brutal, esthétique, simple, qui fonctionne. La fin est chelou mais imprévisible (en tous cas pour moi qui ai vu le film en VO sans sous titre et donc avec des dialogues pas complètement compris). Le prologue donne envie de lire l'oeuvre originale car des problèmes logiques peuvent se poser (oui, en prenant en considération que des personnes portant un virus *zombie* puissent donner naissance à des zombies pouvant être doter de raisons et peut-être contrôler leurs pulsions…). Juste, j'imagine que la fin de l'histoire écrite est davantage détaillée qu'une minute de vidéo.


(P.S. : oui, j'adore faire des apartés dans mes articles!)

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