Spectacle vivant

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24 fév. 2019

“L’individualité s’exprime magnifiquement dans le mouvement.” Sylvain Tesson

LAZUZ

Lazuz company


 

Et si on prenait de nouveau le temps d'échanger sur de l'artistique ? De temps en temps n'est pas coutume. Je vous présente ici la compagnie Lazuz qui propose un spectacle éponyme composé d'un duo acrobate-jongleur.
 

Outre ces deux disciplines maniées avec une délicatesse, une précision et une maîtrise dont on ne peut que saluer le travail, le spectacle repose sur le fameux thème du relationnel et de la communication. Oui, la communication pollue notre environnement, pas toujours à bon escient ni à bonne fin. Oui, le relationnel est inévitable, qu'on le veuille ou non, et c'est pas toujours évident. Quoi, oui, le lien à l'autre et les échanges sont deux vrais problèmes sociétales à mon avis. Pourquoi ça ne ferait pas une bonne base de proposition artistique ?
 

Jongle et acrobatie. On peut dire que le fil entre les deux semble fragile, la première dualité s'expose ici dans un challenge aérien entre balles en introduction puis massues flamboyantes en son climax, et une proposition étirée sur des déplacements corporels surprenants de fluidité et sensibilité. Confrontation oblige dans une virtuosité resplendissante, mais également harmonie dans des chorégraphies propres, claires, esthétiques de ces deux spécialités circassiennes, pour notre plus grand plaisir. Ces deux opposés qui s'attirent et ces ruptures entrainées par une trop forte proximité, dévoilent les tableaux de ce couple intrépide qui fonctionnent très bien.

Je vous parlais de communication. Pas une seule parole ici, tout dans l'être, le regard, l'impassibilité, le mouvement. Apprendre à ne pas restreindre l'autre tout en le sortant de son confort de base. Comprendre la personnalité de l'autre et s'y fondre pour ne former qu'un. Face à face ou union, les deux cas nous plongent dans des situations tant drôles, qu'agressives, que fusionnelles. Le tout dans un espace de confiance mutualisé.
Apprendre à connaître autrui est quelque chose qui se murit. Les mots alors ne valent plus tant.

On saura comprendre chacun d'eux. On saura être compatissant ou pas. On saura se projeter à un moment ou à un autre dans ce spectacle tendre et unique.
J'aime cette empathie avec l'artiste. J'aime ce sentiment de vouloir prendre place dans le jeu qui se déroule devant moi tout en appréciant garder mes distances et profiter. Profiter en ayant cette curiosité (parfois malsaine) du : y a quoi après ?

On veut que cette relation dure. On veut que ça bouge. On veut Lazuz.

 

Merci pour ce projet qui porte tant sur des problèmes sociétals d'entente et de résolution de conflit (à échelle humaine et aussi au sens large), que sur les rapports qui nous lient aux personnes faisant part de notre quotidien (pas toujours évident, on doit cela dit faire avec). Tout est question d'acceptation, de compromis mutuel, de contrôle et connaissance de soi. 

 

lazuz

 

Pas de frontière culturelle ou linguistique ici, juste de l'humain, du sensible, du visuel. Le spectacle a joué à l'international. Si vous le voyez programmé quelque part, je ne peux que vous inciter à ne pas louper l'occasion de plonger dans cet univers de performances et d'émotions mêlées.

 

Une proposition artistique aboutie et clairement maîtrisée.

20 mai 2018

"Le mot est le corps du temps." Dominique Fourcade

Le Journal d'Un Corps - Daniel Pennac

Association Reg'art et Théâtre de la Luciole
Adaptation et mise en scène : Catherine Vaniscotte
Adaptation et interprétation : Jean-Marie Combelle

 

http://www.theatredelaluciole.fr/www.theatredelaluciole.fr/Le_journal_dun_corps_files/shapeimage_2.png

 

Pour l'histoire : une amie de Daniel Pennac est venue le voir un jour avec des larmes aux yeux et un ensemble de cahier. Elle les avait trouvé dans la maison de famille. Ces cahiers, son père -décédé depuis un moment déjà- les avait écrit depuis qu'il était jeune, il avait laissé une note pour sa fille avec. Ces cahiers, relataient son regard sur le corps, sur son corps, sur l'évolution de son corps.
Daniel Pennac a réussi à faire éditer ces textes. Aujourd'hui il en existe deux versions : format livre, format album avec pour illustrations des dessins de Manu Larcenet.

Je ne sais comment Catherine Vaniscotte et Jean-Marie Combelle en sont venus à vouloir adapter ce journal intime. On peut dire que c'était un vrai challenge, loin d'être gagné d'avance. Et pourtant... et pourtant cette entreprise a été menée à bien et réussie avec brio. Tant par le jeu du comédien, le choix des textes intégrés, le respect de l'atmosphère de l'oeuvre écrite et surtout, le respect de la personnalité de l'auteur d'origine.  Pas facile de rendre compte des démons, des peurs, de la dérision d'une personne ayant existée et qu'on ne connaît pas. C'est ici à mon goût chose faîte. Bravo.

Je recommande vivement cette pièce ! A vous plonger au coeur de l'Homme, et son regard et ses perceptions corporelles. Ses comparaisons, ses expériences face à l'autre : médecins, amis, famille. Mélange de folie, sévèrité, tendresse. Une oeuvre pleine d'humanité.

 

Merci.

8 fév. 2018

“La joie de satisfaire un instinct resté sauvage est incomparablement plus intense que celle d'assouvir un instinct dompté.” Sigmund Freud

GUS

Sébastien Barrier

 

Violent, cru, sauvage, brut.
Musique théatralisée, textes, images vidéoprojetées.
Personnages humain et animal, d'une vie féline de chat atypique, particulier, bigleux, maigre, abandonné.

"Si je préfère les chats aux chiens, c'est parce qu'il n'y a pas de chat policier."
Jean Cocteau

 

Entre correspondance épistolaire à sa famille génétique, cohabitation avec sa famille adoptive, et découverte de la vie -d'un monde dans lequel toute étrangeté peut finalement avoir sa place- avec un ami. Voici ce que nous offre Sébastien Barrier, accompagné de son acolyte Nicolas Lafourest, dans sa toute dernière création.
Parce qu'être différent ne doit pas vouloir dire devoir se cacher, ni se faire discret, ou avoir à provoquer. La différence, simplement, se veut davantage patiente à trouver sa place, à oser, à vivre.

GUS est un geste ultime de survie.
Spectacle de surprises, de mots, de griffes, de charme, d'expression ... de chat.
Spectacle à ne pas prendre dans le sens du poil, mais plutôt à contrebrosser.


Poignant, vivant, vrai. Une immersion totale dans une personnalité pour laquelle tout un chacun peut s'identifer à un moment ou à un autre, ou au moins s'attacher. Enfin, pour le meilleur ou pour le rir... euh, le pire. Avec une rythmique cadancée entre : 
  musique (guitage, voix, caisse claire, charley, mandoline, dactylographie et autre rebondissements),
  textes (écrits, chantés, lus, contés, criés... de tendresse, colère, incompréhension, amour surtout -au final-, amour profond -caché, à déterrer gentiement-), 
  images (mots et autres racontards, lettres de nouvelles, animaux circassiens...). 
Le tout dans une atmosphère sombre, sobre parfois, pénétrante toujours, éveillant sans cesse les réactions -enfouies ou exprimées- du moindre spectacteur -petit et grand confondus.

 

Un Sébastien Barrier toujours éclatant d'une mélancolie persistante à la diction parfaite et au bagoût séduisant. Fragilité, attaches et poésie autour de l'animalité et de la création artistique, pour une ôde à la vie, à la survie, à l'être.

A dévorer des yeux, des oreilles, du rire,   des larmes,        du coeur.
 

“Le solitaire est un diminutif du sauvage, accepté par la civilisation.” Victor Hugo

16 mai 2017

"L'amertume finit par tuer." Pierre Billon

Bag For Life

Derry Production. 2017

 

Production venue de l'Irlande du Nord. 
[Pour info, un "bag for life" est le fenre de sac en plastique solide que tu achètes aujourd'hui en caisse, sensé durer toute la vie, réutilisable quoi.]


Une femme, seule sur scène. Des écrans suspendus sur le plateau l'entourent. Elle se trouve légèrement surélevée au milieu d'un triangle blanc. On comprendra rapidement l'allusion à la perspective d'un rayon de supermarché.

Le lumières s'éteignent dans le salle. Des projections débarquent sur les écrans : des "fuck" clignotent et s'affichent partout dans différentes polices. La femme se retourne. "Fuck. Fuck... Fuck." 
C'est parti pour 75 minutes de spectacle. 

Dans quoi avais-je mis les pieds ?

https://tht.ie/shows/2017/5/BagForLife.jpg

Dans un putain de show. Une putain de performance.


Un samedi matin, aux courses, la nana avec son fils dans le caddie. Les gens qui se bousculent, les queues interminables en caisse. Pour une micro revanche en cause d'un léger énervement, elle laisse gentiement le caddie toucher l'homme qui la précède. Comme tout le monde, l'homme se retourne et sort un "pardon !", elle réagit en accusant amusément son fils et s'excuse également. Ils en rient.
Ils en rient et l'homme intéragit avec le fils dans le caddie. Ils rient jusqu'à un déclic. Pas des moindre. Elle regarde attentivement l'hômme, cheveux gominés, yeux clairs, bouche fine. Elle le reconnaît. Elle le reconnaitrait parmi 1000. 

L'homme qui a tué son frère d'une balle dans la tête il y 23 ans. Relaxé il y a 18. Elle avait 13 ans, son frère 22. Elle a suivi le procès à l'époque. Elle ne s'entendait pas super bien avec son frère, mais il restait son frère. 
Cet homme a tué de sang froid 3 personnes. Trois personnes victimes d'avoir au mauvais endroit au moment ce jour là. 3 personnes dont son frère.

Parylisie puie panique, elle prend son fils dans ses bras et rejoint sa voiture.
Pause. Respiration. Larmes aux bords des yeux. Son fils dans le rétroviseur qui ne comprend pas et pose des questions.
Elle veut le revoir; Elle tourne et retourne dans le parking. Rien. Puis là, elle le voit, pas lui, son fils, 12 ans, vidant un chariot. Elle s'arrêt, le regarde. Pensées à 1000 à l'heure.
S'il lui arrivait quelque chose, un accident est si vite arrivé, son père comprendrait la souffrance... Revanche. Accélérateur : 20 - 30 - 50 miles... freinage brusque. Coeur palpitant.
Le garçon n'a même pas réagit. Il se retourne alors lentement, écouteurs aux oreilles. Elle lui fait signe, et engage la conversation. Questions posées : l'homme a une vie bien rangée maintenant : chauffeur de bus, femme, enfant, maison -surement dans le quartier !. Si encore il avait un job qui permettait de sauver des vies... mais non, même pas. Haine, colère et tristesse monte. Elle quitte es lieux après avoir balancé à son fils que son père et un meurtrier.

Ce meurtrier vivait une vie tranquille, alors que son frère n'aurait jamais de vie. Jamais rien à dépenser dans un supermarché. Jamais de efmme, jamais d'enfant. Pas de villa non plus. Pas de boulot. Rien.

Elle rentre chez elle. Et sa vie va lentement changer. Créer un personne sur facebook pour rentrer en contact lui, et sombrer doucement dans une certaine folie menant à la souffrance des gens qui entourent cet homme, cet arracheur de frère.
Cachant tout à son mari bien sûr, les choses s'enveniment aussi dans sa propre vie : confiance perdue, poussée à voir un psy... elle reste malgré tout en contact avec l'homme. La tête et le coeur peuvent jouer des sales tours. Tourner l'esprit, changer une personne. 

Elle se rend compte qu'elle le fait moins souffrir que ceux autour de lui, y compris elle-même. Elle veut arrêter. Juste laisser tomber.
Trop tard. Un soir, alors que son mari et son fils sont endormis à l'étage, elle le voit, là, dehors. Il demande à entrer. Elle ne sait pas quoi faire. Il entre, s'installe dans la cuisine, et la provoque, explique qu'il n'est pas stupide. Aussi, elle l'a chauffé et maintenant il faut terminer ce qu'ils ont commencé. Mais sa voix s'élève. Elle est consciente d'avoir laisser entrer un tueur chez elle, avec sa famille endormie à côté. Elle se rapproche pour essayer de le calmer, ne réveiller personne. Elle le touche d'une main, lui parle, de l'autre, à taton, attrappe la première chose qui lui vient : un "bag for life".


Eplosion de force, jeu magnifique. Fiction mais qui dit pas improble. Puissance. Beauté des aactes. Frissons. Tout ça avec une nana au milieu du plateau. Des images en saccades et noir et blanc sur les écrans. Epuration totale de la scène. Simplicité, efficience.
 

Merci pour ce bijou théâtral.

16 fév. 2017

“Le suicide n'est pas un acte. On est saisi par le suicide comme par un vertige, on subit le suicide.” Jean-Guy Rens

BLINKERED

Sole Purpose Productions (Derry Londonderry, Northern Ireland)

 

Je me rends compte que je n'avais pas de catégorie "Théâtre". Cet article ira dans la case "Sur scène". Finalement, ce n'est pas si faux. 


Après que tout le monde ce soit installé aux premiers rangs, j'ai pris place un peu en hauteur. Là, écoutant le message de sécurité d'avante le spectacle, on peut déjà voir le plateau : intérieur de maison divisé en deux : une chambre avec une porte à jardin, un salon à cour, un couloir entre les deux (donnant sur la porte de la chambre).

Une femme, productrice du spectacle, explique queça va durer une heure, puis entracte de 10 minutes (nécessaires) puis un workshop.

Là, j'espère juste avoir assez d'anglais pour tout piger...


NOIR

Je savais que ce serait triste. Je m'imaginais pas être touchée à ce point.
Après un bref aperçu des 4 membres d'une famille, heureuse famille malgré les parents qui bossent beaucoup et la mère (infirmière) en décalée. La soeur bosse aussi ; le frère a un petit job et rêve d'être musicien, toujours accompagné de sa guitare. Il se fait tanner par sa grande soeur à ce sujet, alors que son père s'inquiète que son fils n'ait pas un vrai emploi.
Du classique quoi.

Enfin, en apparence. Dès qu'il se retrouve seul, Ryan tombe son masque. Il se sent seul, voit noir partout, n'arrive pas à rester en couple, picole avec des potes dont il ne se sent pas si proche. Dur. Quand on vit dans cette obscurité, qu'on n'en parle pas, qu'on s'enfonce petit à petit dans ces émotions sombres de mal être, on ne voit plus lebout du tunnel, on ne voit plus d'issue. 
On se questionne : il paraît que les enfants absorbent les non-dits des parents. Son grand-pèrepaternel a connu a guerre et n'en a jamais parlé, il est décédé il y a trois ans. La soeur de sa mère s'est tuée en voiture alors qu'il était bébé, aucune discussion dans la famille a ce sujet non plus.

Le manque de communication n'aide pas à ouvrir l'échange sur son mal être. Lorsqu'on garde trop longtemps la tête sous l'eau, on se noit.

"Sound of silence" et quelques autres signes inhabituels d'affection un jour. Le soir, Ryan se suicide.

Le public se sent tellement impuissant. On le sent venir uniquement parce qu'on le voit seul parofis. On a envie de la crier à la famille : non, il ne va pas bien  Il peut dire que tout va, tout ne va pas. Mais non, c'est trop tard.

Vient ensuite le plus dur : l'après suicide. avec les questions, les reflexions, la tristesse. Les différentes façon de gérer la perte d'un être cher, si jeune, si inattendue. C'est le pire. La culpabilité, l'incompréhension, et perdre toute envie de vivre ; comment vivre après une perte si grande et dénuée de sens.

ENTRACTE

Après plusieurs larmes, des reniflements dans la salle, et de nombreux applaudissement, la salle se vide lentement pour une courte pause. 
De retour 10 minutes plus tard, une personne travaillant auprès de personne aux tendances suicidaires est présentée, les acteurs sont de retour sur scène, et voici le temps d'échanges : qu'est ce qui pourrait être changé dans le scénario pour empêcher le drame ? A chaque proposition faîte par le public, les comédiens prennent place et modifient le script. Ensuite, la psy (appelons là ainsi) donne son avis, témoignage.

C'était très bien. Bon moment. Bonne sensibilisation. 
Je ne connais pas les pourcentages en France, mais c'est apparemment plutôt commun en Irlande. Le thème du suicide et la sensi qui suit est pour sûr valable ici (République d'Irlande et Irlande du Nord).
 

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