«La seule manière de parler de rien est d'en parler comme si c'était quelque chose, tout comme la seule manière de parler de Dieu est d'en parler comme s'Il était un homme.» Samuel Beckett

Fin de partie.

Samuel Beckett

Fouilli de mots se succédant. Même Beckett l'a dit. "Chaque mot est comme une souillure inutile du silence et du néant". Histoire confuse. Ensemble intriguant. Fin de partie ; fin du monde ? Martyr et abasourdissement. Des pages de souffrances voluptueuses admirées.

Je vous offre des extraits. Extraits crus, ensemble portant à réflexion. Sachez, Beckett l'a dit : "Réfléchir, c'est à dire à écouter plus fort". Prenez :

HAMM - "Attends ! (Clov s'arrête.) Comment vont tes yeux ?
CLOV - Mal.
HAMM -  Mais tu vois.
CLOV - Suffisamment.
HAMM -  Comment vont tes jambes ?
CLOV - Mal.
HAMM -  Mais tu marches.
CLOV - Je vais, je viens.
HAMM -  Dans ma maison. (Un temps. Prophétique et avec volupté.) Un jour tu seras aveugle. Comme moi. Tu seras assis quelque part, petit plein perdu dans le vide, pour toujours, dans le noir. Comme moi. (Un temps.) Un jour tu te diras : Je suis fatigué, je vais m'asseoir, et tu iras t'asseoir. Puis tu te diras : J'ai faim, je vais me lever et me faire à manger. Mais tu ne te lèveras pas. Tu te diras : J'ai eu tort de m'asseoir, mais puisque je me suis assis je resterais assis encore un peu, puis je me lèverai et je me ferai à manger. Mais tu ne te lèveras pas et tu ne te feras pas à manger. (Un temps.) Tu regarderas le mur un peu, puis tu te diras : Je vais fermer les yeux, peut-être dormir un peu, après ça ira mieux, et tu les fermeras. Et quand tu les rouvriras il n'y aura plus de mur. (Un temps.) L'infini du vide sera autour de toi, tous les morts de tous les temps ressuscités ne le combleraient pas, tu y seras comme un petit gravier au mieu de la steppe. (Un temps.) Oui, un jour tu sauras ce que c'est, tu seras comme moi, sauf que toi tu n'auras personne, parce que tu n'auras eu pitié de personne et qu'il n'y aura plus personne de qui avoir pitié. (Un temps.)
CLOV - Ce n'est pas dit. (Un temps.) Et puis tu oublies une chose.
HAMM -  Ah.
CLOV - Je ne peux pas m'asseoir.
HAMM -  (Impatient.) Eh bien, tu te coucheras, tu aprles d'une affaire. Ou tu t'arrêteras, tout simplement, tu resteras debout comme maintenant. Un jour tu te diras : Je suis fatigué, je vais m'arrêter. Qu'importe la posture ! (Un temps.)
CLOV - Vous voulez donc tous que je vous quitte ?
HAMM -  Bien sûr.
CLOV - Alors je vous quitterai.
HAMM -  Tu ne peux pas nous quitter.
CLOV - Alors je ne vous quitterai pas. (Un temps.)
HAMM - - Tu n'as qu'à nous achever. (Un temps.) Je te donne la combinaison du buffet sit u jures de m'achever.
CLOV - Je ne pourrais pas t'achever.
HAMM -  Alors tu ne m'achèveras pas."

CLOV - "Si je ne tue pas ce rat il va mourir.
HAMM -  C'est ça. (Clov sort. Un temps.) A moi. (Il sort son mouchoir, le déplie, le tient à bout de bras ouvert devant lui.) Ca avance. (Un temps.) On pleure, on pleure, pour rien, pour ne pas rire, et peu à peu... une vraie tristesse vous gagne. (Il replie son mouchoir, le remet dans sa poche, relève un peu la tête.) Tous ceux que j'aurais pu aider. (Un temps.) Aider ! (Un temps.) Sauver. (Un temps.) Sauver ! (Un temps.) Ils sortaient de tous les coins. (Un temps. Avec violence.) Mais réfléchissez, réfléchissez, vous êtes sur terre, c'est sans remède ! (Un temps.) Allez-vous en et aimez-vous ! (Un temps. Plus calme.) Quand ce n'était pas du pain c'était du mille-feuille. (Un temps. Avec violence.) Foutez-moi le camp, retournez à vos partouzes ! (Un temps. Bas.) Tout ça, tout ça ! (Un temps.) [...] (Plus calme.) La fin est dans le commencement et cependant on continue. (Un temps.) Je pourrais peut-être continuer mon histoire, la finir et en commencer une autre. (Un temps.) Je pourrais peut-être me jeter par terre. (Il se soulève péniblement, se laisse retomber.) Enfoncer mes ongles dans les rainures et me trainer en avant à la force du poignet. (Un temps.) Ce sera le fin et je me demanderai ce qui a bien pu l'amener et je me demanderai ce qui a bien pu... (il hésite)... pourquoi elle a tant tardé. (Un temps.) Je serai là, dans le vieux refuge, seul contre le silence et... (il hésite)... l'inertie. Si je peux me taire, et rester tranquille, c'en sera fait, du son, et du mouvement. (Un temps.) J'aurai appelé mon père et j'aurai appelé... (il hésite)... mon fils. Et même deux trois, trois fois, au cas où il n'auraient pas entendu, à la première, ou à la seconde. (Un temps.) Je me dirai : Il reviendra. (Un temps.) Et puis ? (Un temps.) Et puis ? (Un temps.) Il n'a pas pu, il est allé trop loin. (Un temps.) Et puis ? (Un temps. Très agité.) Toutes sortes de fantaisies ! Qu'on me surveille ! Un rat ! Des pas ! Des yeux ! Le souffle qu'on retient et puis... (il expire.) Puis parler, vite, des mots, comme l'enfant solitaire qui se met en plusieurs, deux, trois, pour être ensemble, et parler ensemble, dans la nuit. (Un temps.) Instants sur instants, plouff, plouff, comme les grains de mil de... (il cherche)... ce vieux Grec, et toute la vie on attend que ça vous fasse une vie. (Un temps. Il veut reprendre, y renonce. Un temps.) Ah y être, y être ! (Il siffle. Entre Clov, le réveil à la main. Il s'arrête à côté du fauteuil.) Tiens ! Ni loin ni mort.
CLOV - En esprit seulement.
HAMM -  Lequel ?
CLOV - Les deux.
HAMM -  Loin tu serais mort.
CLOV - Et inversement."

CLOV - "Je me dis - quelquefois, Clov, il faut que tu arrives à souffrir mieux que ça, si tu veux qu'on se lasse de te punir - un jour. Je me dis - quelquefois, Clov, il faut que tu sois là mieux que ça, si tu veux qu'on te laisse partir - un jour. [...] (Un temps.) Quand je tomberai, je pleurerai de bonheur."

Très glauque comme choix ? L'ensemble est ressemblant. Une compréhension est recherchée. L'absurde absurdité de la pièce rend l'ensemble confus. Le but recherché est atteint. Description d'une fin de monde. Lueur d'espoir finale imaginée. Je ne peux vous en dire plus sans mettre donner trop d'informations.
A dire vrai, je ne saurai dire si l'appréciation est positive ou négative. Un synopsis est je crois impossible pour cette oeuvre.

Beckett : à lire. Beckett paraît difficile à jouer. Beckett n'est pas directement compréhensible.