“Chaque individu doit se forger ses propres outils, ses propres valeurs, s'il ne veut pas se transformer en zombie.” Claude Michelet

Dernier train pour Busan

Yeon Sang-Ho


Impressionnante réalisation autour de... zombies. 

En allant à la séance, je savais juste que ça traitait de zombie. C'était un petit spoil parce que j'y serai allée même sans le savoir, et j'aurais encore plus apprécié la première scène.
Un gars franchi une zone à péage, traverse des hommes blindés en protection, qui aspergent le véhicule d'eau, détergent, ou quelque chose pour le désinfecter quoi. La zone est en quarantaine. On ne sait pas vraiment pourquoi.
Le gars râle sur ces mesures à la con, continue sa route, reçoit un appel et le temps de décrocher, il heurte violemment un cerf. Il arrête de véhicule, va voir, la bête est morte. Il repart.
Là, magnifique plan, lent, beau, particulier, du réveil du cerf, de sa mise sur pattes, et de son regard : naissance d'un zombie !

Voilà, on est parti pour 2h !
Changement de contexte, on se retrouve dans une famille avec une gamine chez son père qui veut aller voir sa mère à Busan. Le père a un boulot a responsabilité, hésite -histoire de familles- puis finalement ils partent prendre le train. Les portes se ferment après avoir vu un gars qui semble hystérique monter, et une nana semblant être malade.
Plusieurs groupes de personnes sont mis en avant : le père et sa fille, un groupe de jeunes sportifs et une nana (petite amie d'un joueur), un couple avec la femme enceinte, deux soeurs âgées, le contrôleur, un autre gars.

Le train démarre et là tu dis : quelle idée d'avoir payé pour ce qui semble être un 8 clos dans un train avec des zombies...

He bien figurez vous que le scénario est superbement maîtrisé. On se retrouve dans une épidémie zombiesque ultra violente, au coeur d'un mélange d'hommes et femmes stéréotypés et tellement bien caractérisés. Le casting fonctionne parfaitement. Merci à Yeon Sang-Ho d'avoir pris le temps de nous présenter chacun de ses personnages avant l'immersion impeccable d'une aventure aux rebondissements immenses.Chaque évènement nous fait dire qu'on est arrivé au bout du film, que ça peut pas être pire. Erreur. Chaque action est plus intense, plus forte, plus extrême que la précédente déjà énorme. Juste un régal.

On a de quoi réagir : comment faire marcher un film se passant dans un train ? Comment diversifier les prises de vues ? Donner du relief visuel au scénario ? Valoriser le jeu d'acteur ? Là aussi c'est réussi. Tout est soigné, des jeux de lumières, des angles de vue, du montage, des accessoires, du grimmage... tout tient la route, rien n'est laissé au hasard. Même le son fonctionne. Ok, parfois on rit presque des sons très exagéré (à l'asiatique quoi). Ok, j'ai aussi ri de quelques situations exceptionnelle quasi ridicule. Mais rien de péjoratif ! Ca renforce simplement notre attrait pour le film. Surprise, rire, esthétique, questionnements. Et quelques montées d'adrénaline bien placées en prime.

Pour clouer le tout, les sentiments ne sont pas mis de côté. On a de quoi être touché, dégouté, attristé par ce que vivent nos petits personnages. Nous sommes des voyeurs bienfaisant dans cette chasse à l'homme. Même lorsqu'on peut s'attendre à une action d'un personnage, on est affecté par celle-ci. Oui, un film d'horreur avec des sentiements !
Du premier degré, du dramatique, de l'horreur, du thriller. Pas de références à la con, pas de perte de temps, pas de fioritures. Juste deux heures à se laisser surprendre, à se régaler, à en prendre plein les yeux.

trainpourbusan


On peut souligner ici la qualité des films coréens. Pas que j'en ai douté un jour (Locataire, Deux Soeurs...) ; juste que ce cinéma n'est pas assez valorisé en France.

Si vous avez aimé Dernier train pour Busan, peut-être serez vous curieux de The Fake ou The king of Pigs. Je ne les ai pas encore vu mais sont les deux premiers films de Yeon Sang-Ho ; réalisateur sans aucun doute prometteur.